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Les parents sont-ils différents aujourd’hui ?
Ils ont fait de réels progrès et cherchent à mieux
comprendre leurs enfants en vue de bien les accompagner,
notamment les adolescents qui aujourd’hui vont mieux. Avant c’était
: « Fais ce que je te dis » ; « Tu deviendras ce que
je te dis ».
Maintenant, c’est : « Tu réussiras mieux que moi ».
Les parents sont plus démocrates.
Aux pères la fonction protectrice, aux mères celle
de l’intime : vous souscrivez à une répartition des
rôles plutôt traditionnelle…
Le bébé cherche d’abord à reconnaître
ce qui est pareil et à distinguer ce qui est différent.
Or, ce n’est pas la même chose si c’est le père
ou la mère qui s’occupe de lui, et il s’en aperçoit.
Donald Winnicott [un psychanalyste anglais, NDLR]
fait remarquer que le bébé ne s’ajuste pas de la même
façon au père et à la mère, selon que c’est
l’un ou l’autre qui le prend dans les bras.
Je trouve bien sûr souhaitable que les pères donnent le biberon
et prodiguent des soins à leurs enfants. Mais leur façon
de s’en occuper n’en reste pas moins différente. Ce
serait mal comprendre toutes les avan- cées du féminisme
que de croire en une stricte équivalence entre le père et
la mère.
Aujourd’hui, vous estimez que les jeunes contestent l’autorité
de leur père ?
Lorsque les émeutes se sont produites dans les banlieues [NDLR,
en 2005], je me suis demandé : comment se fait-il qu’un gosse
de 13 ans mette le feu à des voitures, la nuit ? Où sont
les pères ? C’est pour moi une question cruciale car le père
pose des interdits. Il inhibe les pulsions de l’enfant, ses mauvais
sentiments. Le père, c’est la loi. Même si, actuellement,
on constate une intense entreprise de séduction de la part de certains
pères en direc- tion de leurs enfants, surtout de leurs jeunes
fils : « Vraiment, tu es très fort ! Tu cours plus vite que
moi ! » Cela n’aide pas les enfants, qui ont besoin d’un
père réel, qui joue son rôle.
Vous laissez entendre que l’on recherche souvent des pères
de complément.
Un père, ce n’est pas comme le pain complet. On cherche souvent
chez d’autres les ingrédients qu’on ne trouve pas chez
le sien. Dans ma vie, d’autres figures paternelles sont ainsi venues
se superposer à celle de mon père, des « suppléments
de père », tel Angelo, un cousin de ma mère chez qui
j’ai passé une partie de mon enfance, en Italie. Ou des pères
spirituels, plus tard, comme Michel Soulé, un pédopsychiatre
qui m’a accompagné tout au long de ma carrière.
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