LECTURE

Education

Marcel Rufo : "Être parent, c’est croire toujours en son enfant"

À l’occasion de la parution de "Chacun cherche un père", Le pédopsychiatre Marcel Rufo évoque le métier de parent
et plus particulièrement la figure paternelle – mosaïque empruntant au réel et à l’imaginaire que nous nous composons au fil du temps.

Les parents sont-ils différents aujourd’hui ?

Ils ont fait de réels progrès et cherchent à mieux comprendre leurs enfants en vue de bien les accompagner,
notamment les adolescents qui aujourd’hui vont mieux. Avant c’était : « Fais ce que je te dis » ; « Tu deviendras ce que je te dis ».
Maintenant, c’est : « Tu réussiras mieux que moi ». Les parents sont plus démocrates.

Aux pères la fonction protectrice, aux mères celle de l’intime : vous souscrivez à une répartition des rôles plutôt traditionnelle…

Le bébé cherche d’abord à reconnaître ce qui est pareil et à distinguer ce qui est différent.
Or, ce n’est pas la même chose si c’est le père ou la mère qui s’occupe de lui, et il s’en aperçoit. Donald Winnicott [un psychanalyste anglais, NDLR]
fait remarquer que le bébé ne s’ajuste pas de la même façon au père et à la mère, selon que c’est l’un ou l’autre qui le prend dans les bras.
Je trouve bien sûr souhaitable que les pères donnent le biberon et prodiguent des soins à leurs enfants. Mais leur façon de s’en occuper n’en reste pas moins différente. Ce serait mal comprendre toutes les avan- cées du féminisme que de croire en une stricte équivalence entre le père et la mère.

Aujourd’hui, vous estimez que les jeunes contestent l’autorité de leur père ?

Lorsque les émeutes se sont produites dans les banlieues [NDLR, en 2005], je me suis demandé : comment se fait-il qu’un gosse de 13 ans mette le feu à des voitures, la nuit ? Où sont les pères ? C’est pour moi une question cruciale car le père pose des interdits. Il inhibe les pulsions de l’enfant, ses mauvais sentiments. Le père, c’est la loi. Même si, actuellement, on constate une intense entreprise de séduction de la part de certains pères en direc- tion de leurs enfants, surtout de leurs jeunes fils : « Vraiment, tu es très fort ! Tu cours plus vite que moi ! » Cela n’aide pas les enfants, qui ont besoin d’un père réel, qui joue son rôle.

Vous laissez entendre que l’on recherche souvent des pères de complément.

Un père, ce n’est pas comme le pain complet. On cherche souvent chez d’autres les ingrédients qu’on ne trouve pas chez le sien. Dans ma vie, d’autres figures paternelles sont ainsi venues se superposer à celle de mon père, des « suppléments de père », tel Angelo, un cousin de ma mère chez qui j’ai passé une partie de mon enfance, en Italie. Ou des pères spirituels, plus tard, comme Michel Soulé, un pédopsychiatre qui m’a accompagné tout au long de ma carrière.

Retrouvez l'intégralité de l'entretien avec le professeur Rufo dans Pélerin n° 6627 du 3 décembre (www.pelerin.info)

groupe | école | collège | lycée | UPI | élèves | parents d'élèves | événements | soutien | contact